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DSNCRP
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Chapitre 9 : Objectifs de croissance et stratégie de réduction de la pauvreté

211 Après une forte récession enregistrée en 2004, l'économie haïtienne a progressivement retrouvé le chemin de la croissance. Dans l'ensemble, les résultats macroéconomiques obtenus au cours de 2007 ont été satisfaisants. Ils ont été généralement conformes aux objectifs fixés en début d'exercice qui sont i/ un taux de croissance du PIB réel de 4 % ; un taux d'inflation évoluant dans l'intervalle 8-9 % ; des réserves brutes de change équivalentes à environ plus de 2 mois d'importation.

212 Grâce à la qualité de la gestion macroéconomique de ces dernières années, la croissance économique repart dans un contexte de consolidation des fondamentaux de l'économie. L'examen de l'évolution des principaux indicateurs macroéconomiques suggère que les conditions macroéconomiques préalables au retour à la croissance sont aujourd'hui réunies. Pour consolider les bases d'une croissance durable, dans le cadre de la mise en oeuvre de la stratégie de croissance, il sera nécessaire de renforcer les résultats macroéconomiques obtenus, et de poursuivre en particulier l'effort de stabilisation de l'économie.

Objectifs de croissance et stratégie de réduction de la pauvreté

213 Pour faire reculer la pauvreté en Haïti, il sera indispensable de garantir une croissance rapide et soutenue de l'économie haïtienne dans les années à venir et que les structures inégalitaires soient amorties. Pour la période 2007-2009, le taux de croissance est fixé à 3.5 % en moyenne annuelle. Pour l'exercice fiscal 2006/2007, les estimations ont montré un taux 3% et pour 2007/2008 des projections de 3.7% sont fixées. Quand aux années subséquentes, une croissance moyenne annuelle de 4% est attendue.

214 Pour rendre possible le soutien de la croissance, les trois premières années devront servir à consolider les acquis en matière de stabilisation macroéconomique, et à renforcer les conditions objectives du redémarrage économique. Ces conditions nécessaires ont trait, notamment,

  • au raffermissement de résultats obtenus en matière de sécurité,
  • à l'amélioration du climat des affaires,
  • au renforcement des capacités institutionnelles des administrations publiques,
  • à la réforme de la gouvernance économique,
  • à la réhabilitation et au développement des infrastructures.

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215 En moyenne, de 2000 à 2006, le taux de croissance du PIB a été voisin de -0,1 %. Toutefois, les transferts de la diaspora ont largement contribué au soutien économique de la population. Avec un taux de progression moyen du PIB réel de 4 % l'an, un taux de croissance de la population de 2,3 %, et une élasticité de l'incidence de la pauvreté par rapport au taux de croissance du revenu réel par tête estimée à -1,13[v. Note No. 6], il faudrait, toutes choses égales par ailleurs, 36 ans environ pour réduire la pauvreté de moitié. D'ailleurs, selon le modèle le taux de pauvreté de moins de 1 dollar par jour PPA ne passerait, dans ces conditions, que de 55.0 % en 2007 à 47,1 % en 2015. Pour atteindre des taux de croissance compatibles avec un objectif de réduction significative de la pauvreté, il est donc nécessaire de mettre en oeuvre une stratégie de croissance accélérée.

Note No. 6 : Il s'agit de l'élasticité de Ravallion déterminée en utilisant dans le cas d'Haïti un coefficient de Gini de 50,5. Le modèle a été estimé à partir de données d'enquêtes collectées pour un échantillon de 62 pays (Ravallion, 2004). L'élasticité est donnée par : -9,33*(1-Gini)^3.

216 Pour atteindre les taux de croissance susceptibles d'induire une baisse notable de l'incidence de la pauvreté, il sera indispensable de fournir les incitations adéquates aux producteurs opérant sur le marché haïtien ainsi qu'aux travailleurs pour les amener à améliorer leur productivité. Dans un contexte de libéralisation commerciale et de concurrence accrue entre les nations, l'augmentation de la productivité des acteurs de l'économie s'impose comme condition d'une meilleure compétitivité des produits fabriqués en Haïti et des services offerts à partir d'Haïti.

217 S'agissant de la compétitivité de l'économie haïtienne, l'appréciation tendancielle du taux de change réel est préoccupante dans la mesure où elle risque d'influer négativement sur la compétitivité/prix des exportations haïtiennes. Pour faire face à cette évolution, qui semble être une tendance lourde de l'économie haïtienne, des efforts sont nécessaires pour lever les contraintes qui pèsent sur l'initiative privée, notamment, l'insuffisance des infrastructures de base, les déficiences des infrastructures existantes, la faible productivité des facteurs de production, le manque de ressources humaines qualifiées, la difficulté d'accès au crédit, les inefficiences de l'administration publique, et l'instabilité politique.

218 Dans une perspective de diversification des marchés et d'augmentation des volumes à l'exportation, la stratégie de croissance prévoit une augmentation significative des investissements, en particulier, dans les branches d'activités tournées vers l'exportation. Une campagne de promotion et d'incitation à l'investissement s'adressera simultanément aux investisseurs étrangers, à ceux de la diaspora, ainsi qu'à ceux, haïtiens ou étrangers, qui opèrent déjà en Haïti. Prises dans leur ensemble, les politiques inscrites dans le DSNCRP contribueront à créer un environnement favorable à l'investissement. De manière spécifique, les mesures qui ont trait à la stabilité politique, au renforcement du cadre juridique et réglementaire, à l'amélioration de la gouvernance économique et à la préservation de la stabilité macroéconomique, joueront un rôle primordial quant à la promotion de l'investissement étranger direct (IED). En outre, l'investissement public dans les infrastructures de base et dans le renforcement du stock de capital humain contribuera à l'établissement d'un climat propice à l'initiative privée et servira ainsi de catalyseur aux investissements du secteur privé.

219 La réduction de la pauvreté découlera non seulement de l'effet mécanique de l'augmentation du revenu per capita, mais également de la mise en oeuvre de politiques visant à réduire les inégalités. La lutte contre les inégalités de revenu et contre l'exclusion sociale fait partie intégrante de la stratégie. En favorisant une augmentation de la part du revenu national détenue par les pauvres, elle permettra de garantir une croissance " pro pauvres ". Puisque, en dépit des évolutions récentes en faveur de l'urbanisation, l'économie haïtienne reste largement une économie rurale, la stratégie de réduction de la pauvreté se doit d'accorder une place particulière à la promotion de l'agriculture et, par delà, au développement des activités de l'économie rurale. Pour avoir un effet durable sur la pauvreté, les politiques économiques placeront l'emploi au coeur de leurs préoccupations, et par conséquent la mise en cohérence de ces politiques se fera dans le cadre d'une stratégie de croissance génératrice d'emplois.

220 La réussite de la stratégie de réduction de la pauvreté dépendra de l'effet conjugué d'un ensemble de politiques publiques. La stratégie retenue par le DSNCRP s'articule autour de quatre axes fondamentaux :

  • promotion d'une croissance économique rapide, soutenue, et favorable aux pauvres ;
  • augmentation de l'investissement en capital humain et amélioration de l'accès aux services sociaux de base ;
  • protection des groupes vulnérables, préservation de l'environnement et gestion des risques majeurs ;
  • renforcement des institutions, modernisation de l'État, et promotion de la bonne gouvernance.

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Politiques macroéconomiques

221 Dans le prolongement de l'effort de stabilisation engagé dès le 3ème trimestre 2004, les politiques suivies ont contribué à rétablir progressivement les équilibres macroéconomiques. Les résultats obtenus sont dans l'ensemble satisfaisants, ils permettent d'anticiper des évolutions macroéconomiques en ligne avec les objectifs fixés en début d'exercice. L'Etat haïtien est déterminé à renforcer, au cours de la période 2007-2011, les conditions macroéconomiques favorables au retour à la croissance, et à poursuivre la stabilité macroéconomique. Dans cette perspective, la cible d'inflation est ramenée de 8 % en 2007 à 7 % en 2009 et, en 2011, il est prévu que l'inflation soit encore plus faible.

222 Pour la période 2007-2009, le programme économique et financier du Gouvernement haïtien a fait l'objet de négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI). Suite à l'approbation du Conseil d'administration du FMI en novembre 2006, ce programme bénéficie de l'appui de la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC). Le cadrage macroéconomique du DSNCRP a été conçu sur la base des grandes orientations du document intérimaire DSRP-I, et en parfaite cohérence avec les mesures de politiques économiques décrites dans le Mémorandum de politiques économiques et financières de la FRPC.

Graphique 222

Politiques budgétaire et fiscale

223 Au regard des exigences que l'on se donne comme objectifs de réduction de la pauvreté, les revenus de l'État haïtien apparaissent assez modestes pour justifier une action. Aujourd'hui, le ratio des recettes fiscales sur le PIB est à peine supérieur à 10 %. La politique fiscale visera prioritairement à faire passer la pression fiscale de 10 % en 2006 à 14 % en 2011 Les grandes catégories de mesures de réforme fiscale envisagées viseront au renforcement des capacités institutionnelles des administrations fiscales et à l'amélioration de l'efficience de leur action, à la rationalisation du système d'exonérations fiscales, à l'amélioration de la couverture des activités rurales, à l'intégration des opérateurs du secteur informel dans le système fiscal, à la révision et à la mise à jour de la législation fiscale, au renforcement du contrôle douanier sur tout le territoire et notamment dans les ports de province, à l'ajustement des barèmes de taxes, notamment, pour prendre en compte l'érosion provoquée par l'inflation, à la correction des distorsions induites par certaines taxes (taxes sur les produits pétroliers par exemple), et au réaménagement de certains taux jugés relativement faibles (taux de la TCA par exemple), ou trop élevés (pour l'enregistrement des hypothèques, par exemple).

224 Parallèlement à l'effort de mobilisation des recettes fiscales, l'État veillera à améliorer l'allocation des dépenses publiques en faisant augmenter régulièrement le poids relatif des dépenses allouées à l'investissement public, et en améliorant le ciblage et l'exécution des dépenses effectuées dans les secteurs prioritaires. Pour la période 2007- 2011, le Gouvernement prévoit de ramener les dépenses courantes autour de 56 % de l'ensemble des dépenses publiques, contribuant de ce fait à la détermination de l'espace budgétaire nécessaire à la poursuite des objectifs fixés dans le cadre de la stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté.

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225 Les dépenses totales de l'administration publique augmenteront régulièrement pour atteindre approximativement 21 % en 2011. Pour la période 2007 – 2011, elles évolueront autour d'une moyenne de 19 % du PIB. Les dépenses d'investissement, représentant un peu plus de 8 % du PIB en moyenne, seront financées à 65 % par des ressources externes. La totalité des dépenses courantes ainsi qu'une partie des dépenses d'investissement seront prises en charge par des ressources internes pour l'équivalent de 14 % du PIB environ. L'Etat haïtien s'attachera à garantir l'efficacité des dépenses publiques effectuées au cours de la période en orientant l'allocation de ces dépenses en fonction des priorités établies par la stratégie de réduction de la pauvreté. La revue des dépenses publiques et de la responsabilité financière (PEMFAR) effectuée conjointement par la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement (BID) et le Gouvernement haïtien, fournit des renseignements détaillés sur les systèmes gestion des dépenses publiques, les capacités institutionnelles des administrations, et sur l'allocation des dépenses dans les secteurs prioritaires.

Graphique 225

226 Au cours des 3 dernières années un effort appréciable a été consenti par l'Etat haïtien pour améliorer l'allocation des ressources budgétaires en faveur de l'éducation et de la santé, et pour favoriser également les dépenses effectuées dans les secteurs prioritaires de l'agriculture et des infrastructures. Exprimées en pourcentage du PIB, les dépenses d'éducation et de santé ont représenté en moyenne pour la période 2005 - 2007 2,4 % et 1,4 % respectivement, contre 1,6 % et 0,7 % pour 2002 - 2004. Le budget de 2007 – 2008 confirme l'impulsion donnée au bénéfice des priorités du DSNCRP.

227 En dépit de l'augmentation significative de la part des ressources publiques allouées aux secteurs prioritaires entre 2004 et 2007, les budgets correspondants restent faibles. Pour améliorer au niveau central la gestion des dépenses publiques, le Gouvernement haïtien prévoit de réviser les procédures d'élaboration et d'exécution du budget, de consolider parallèlement les mécanismes de contrôle interne, et de renforcer les capacités institutionnelles de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA). Ces réformes ont déjà été entamées, elles doivent se poursuivre à un rythme plus soutenu. Les mesures de réforme concernent le cadre légal de la gestion des finances publiques, les méthodes d'élaboration du budget, le système d'informations budgétaires, les modalités d'exécution du budget, les dispositifs de suivi et de contrôle, et le système de passation des marchés publics. Pour améliorer l'efficacité ainsi que la qualité des dépenses publiques, l'Etat envisage d'élaborer et de mettre en oeuvre un Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT). Cet instrument facilitera la mise en cohérence des politiques macroéconomiques et sectorielles, des dépenses publiques programmées, et des dépenses effectivement réalisées. Il permettra de prendre en compte les contraintes macroéconomiques dans la programmation des dépenses publiques et facilitera les arbitrages intersectoriels. Le Cadre de dépenses à moyen terme contribuera à améliorer la prévisibilité des enveloppes budgétaires allouées aux secteurs.

228 La politique budgétaire visera à contenir le déficit des opérations financières de l'État à un niveau soutenable, compatible avec les financements attendus. L'Etat haïtien aura le souci de garantir cette soutenabilité tout en assurant la prise en charge adéquate des besoins identifiés dans les secteurs prioritaires. Pour contenir le déficit global de l'administration publique dans des limites raisonnables, compatibles avec les objectifs de stabilité macroéconomique, les recettes fiscales devront augmenter sensiblement, et subsidiairement, les ressources supplémentaires obtenues sous forme de dons devront se maintenir à un niveau relativement élevé. Le déficit global sera financé exclusivement à partir de ressources externes, puisque aucun recours au financement de la Banque Centrale n'est envisagé au cours de la période 2007-2011. Les informations disponibles permettent d'anticiper que le déficit global pour 2007 devrait s'établir à -0,3 % du PIB, cependant pour les années subséquentes jusqu'en 2011, il est prévu que ce déficit évolue autour de -3 % du PIB Calculé en excluant les dons, le déficit global de l'administration publique se situerait à environ -6 % du PIB en 2007 et devrait graviter autour de -7 % du PIB entre 2007 et 2011. Ces estimations du déficit global hors dons soulignent l'importance cruciale des dons extérieurs dans l'équilibre budgétaire de l'administration publique haïtienne. Dans un contexte marqué par la faiblesse des recettes fiscales collectées par l'État haïtien, et étant donné le caractère progressif de l'effort d'augmentation de la pression fiscale entre 2007 et 2011, il sera par conséquent indispensable de garantir, dans la mesure du possible, la prévisibilité des flux de ressources budgétaires de l'État provenant des dons extérieurs. Les projections effectuées pour la période 2007-2011, et basées sur les tendances historiques, aboutissent à des niveaux de dons extérieurs se situant dans la fourchette des 4 - 5 % du PIB. Ces niveaux sont certes appréciables, mais il serait souhaitable qu'Haïti obtienne plus de ressources sous forme de dons, de manière à éviter des écarts de financement qui engendreraient des risques de déséquilibre macroéconomique. Un accroissement des dons de l'ordre de 2 % du PIB par rapport au niveau moyen permettrait par exemple de couvrir les écarts de financements projetés pour les 3 dernières années de la période.

229 L'Etat haïtien est déterminé à mener une politique prudente en matière d'endettement extérieur de manière à contenir la dette d'Haïti à un niveau soutenable, compatible à sa capacité de remboursement. De plus, conformément aux engagements pris dans le cadre de la FRPC, le Gouvernement n'accumulera pas d'arriérés sur sa dette externe. En complément aux emprunts contractés à des termes concessionnels, la mise en oeuvre des initiatives d'allégement de la dette permettra de dégager des ressources additionnelles pour financer un ensemble de dépenses prioritaires de la stratégie de réduction de la pauvreté.

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Politique monétaire

230 La politique monétaire élaborée dans le cadre du DSNCRP visera essentiellement à établir et à maintenir une inflation modérée au cours de la période de mise en oeuvre de la stratégie. Il s'agira non seulement d'atteindre de faibles taux d'inflation, mais surtout, de les maintenir à des niveaux faibles de manière à pouvoir influer positivement sur les anticipations des agents économiques. En outre, l'inflation peut avoir, selon l'état des anticipations, des effets indésirables sur la croissance économique et la redistribution des revenus. Une inflation élevée génère une incertitude sur le niveau général des prix dans le futur et maintient de ce fait les prix hauts, même si des efforts sur l'efficacité sont réalisés. Elle contribue de plus à accroître la prime de risque sur les taux d'intérêt, et par ce biais inhibe l'investissement. Par ailleurs, dans un contexte de forte inflation, les prix relatifs ont tendance à accuser une variabilité importante et, de ce fait, à engendrer des signaux pouvant influencer négativement l'allocation des ressources dans l'économie.

231 La politique de désinflation sera poursuivie entre 2007 et 2011. La discipline budgétaire des 3 dernières années a momentanément levé la principale contrainte qui pèse sur la conduite de la politique monétaire. En décidant de maintenir cette discipline, et donc en évitant de recourir au financement des déficits publics par la Banque Centrale, les autorités haïtiennes comptent faciliter la gestion monétaire au cours de la période 2007-2011 et favoriser la mise en place de conditions monétaires favorables à la croissance économique. Dans la foulée des réformes à entreprendre, la Banque Centrale devra clarifier et réaménager le cadre d'exécution de la politique monétaire de manière à renforcer les mécanismes de transmission de la politique monétaire et à accroître l'efficacité des instruments utilisés.

Balance des paiements

232 Si l'on fait abstraction des transferts officiels, le solde des transactions courantes de la balance des paiements, exprimé en pourcentage du PIB, accuserait en 2007 un déficit légèrement supérieur à 6 % du PIB. Entre 2007 et 2011, ce déficit hors transferts officiels devrait s'établir en moyenne autour de 8 % du PIB, avec une légère tendance à la hausse sous l'effet d'une dégradation continue de la balance commerciale. Toutefois, si l'on tient compte de ces transferts officiels, le solde du compte courant pour 2007 se ramènerait à un peu plus de 1 % du PIB. D'ailleurs, au cours des dernières décennies le solde du compte courant a généralement été inférieur à 2 % du PIB. Les estimations du déficit courant effectuées pour la période 2007-2011 font l'hypothèse que les flux privés en provenance de la diaspora haïtienne constituent une composante permanente et globalement stable de la balance des paiements d'Haïti. Ces transferts privés devraient représenter près de 20 % du PIB en 2007, et garder au cours de la période des niveaux relativement comparables. L'importance grandissante des transferts courants, et notamment le poids relatif des envois des travailleurs émigrés, a pour effet de réduire significativement le niveau du déficit courant, en contribuant du coup à assurer la soutenabilité à moyen terme du compte courant de la balance des paiements.

233 Sous l'hypothèse d'une bonne prévisibilité des flux de transferts courants, et en l'absence de crises majeures, le déficit des transactions courantes devrait évoluer très près du PIB entre 2007 et 2011. Aussi, la balance des paiements ne devrait engendrer que de faibles pressions sur les réserves de change. Pour faire face aux chocs externes, l'objectif en matière de réserves brutes de change est d'accumuler l'équivalent de 3 mois d'importations de biens et de services. L'accroissement des flux de transferts courants et l'augmentation anticipée des flux d'investissement étranger direct (IED) devraient faciliter cette accumulation.

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Perspectives macroéconomiques pour 2007-2011

234 Pour analyser brièvement les perspectives pour 2007-2011, deux scénarios ont été considérés. Ces scénarios se distinguent essentiellement par un surcroît d'activité obtenu, au cours des deux dernières années de la période, par l'augmentation des niveaux d'investissement en raison de meilleures capacités d'absorption de l'économie haïtienne et suite à une amélioration au niveau de la mobilisation des ressources. Les projections portent essentiellement sur la période 2007-2011, cependant pour caractériser les scénarios, les taux de croissance moyen ont été maintenus jusqu'en 2015 à 6 % et à 4 %, respectivement pour le scénario optimiste et pour le scénario de base. Sous ces hypothèses, les taux de réduction de la pauvreté respectifs ont été calculés en utilisant de nouveau le modèle de Ravallion, ils sont donnés par le tableau 10.1. L'examen des indicateurs démographiques disponibles suggère que la population haïtienne se trouve aujourd'hui en phase de transition démographique. Aussi, en lieu et place du taux intercensitaire de 2,3 % calculé par l'IHSI, les taux de croissance démographique utilisés correspondent à une série estimée par l'IHSI et qui reflète le phénomène de transition démographique. Le taux de croissance de la population est estimé actuellement à 2,1 %, et il diminue progressivement pour atteindre 1,9 % en 2015. Sous ces hypothèses, dans le scénario de base le taux de réduction de la pauvreté à l'horizon 2015 serait de 17 % environ, par contre pour le scénario optimiste le taux de pauvreté se réduirait de près de 27 %.

Table 234

235 Les objectifs de croissance des deux scénarios se basent sur des hypothèses similaires concernant aussi bien l'environnement externe de l'économie haïtienne que sa dynamique interne. Ces objectifs tiennent compte des handicaps structurels, et notamment des contraintes d'offre auxquels fait face l'économie haïtienne. Les taux moyens visés restent donc relativement modestes, notamment en début de période, parce qu'il faudra consolider les bases d'une croissance accélérée si on veut qu'elle soit durable. Les principales hypothèses effectuées sont les suivantes : l'amélioration continue du climat de sécurité, la mise en oeuvre de mesures de protection des groupes vulnérables, la poursuite et le maintien de la stabilité macroéconomique, la mobilisation efficace des ressources externes, l'augmentation significative des revenus fiscaux, la réhabilitation des infrastructures de base, l' accroissement de l'investissement dans les infrastructures de réseau, l'augmentation de l'investissement en capital humain, le renforcement des capacités institutionnelles, et la promotion de la bonne gouvernance. La différence entre les scénarios correspond essentiellement à des différences de niveau d'investissement.

Scénario de base

  1. Les investissements progressent en moyenne de 10,8 % entre 2007 et 2011, avec une tendance très marquée à l'augmentation des investissements publics. Les investissements privés, d'un poids relatif trois fois plus important, affichent eux aussi un dynamisme certain.
  2. Les exportations augmentent à un rythme soutenu, notamment sous l'effet de la matérialisation des opportunités offertes par la loi HOPE.
  3. La réhabilitation des infrastructures rurales et l'encadrement des entrepreneurs ruraux favorisent la production et l'exportation des produits agricoles phares
  4. Un certain nombre d'enclaves touristiques sont opérationnels en fin de période et, dans l'intervalle, un effort accru est consenti pour favoriser les visites touristiques des ressortissants étrangers d'origine haïtienne.
  5. La vigueur retrouvée de l'industrie touristique, le dynamisme de l'agriculture et la bonne santé du sous-secteur des BTP ont des effets positifs sur l'emploi durable et donc sur la demande des ménages. La consommation finale s'accroît à un rythme moyen de 3,8 % soutenu par l'augmentation des revenus et l'accroissement des transferts courants.

Scénario optimiste

  1. Les mêmes hypothèses sont effectuées pour le scénario optimiste. La différence entre les deux scénarios provient essentiellement du fait que dans le scénario optimiste, la mobilisation des ressources est plus efficace. D'une part, les recettes fiscales collectées au cours de 2010 et 2011 sont plus importantes et, d'autre part, les dons extérieurs augmentent et permettent d'accroître les ressources de l'appui externe au budget.
  2. L'essentiel des ressources additionnelles va servir à augmenter les dépenses d'investissement public au cours de 2 dernières années de la période. Les gaps de financement de 2010 et 2011 seront maintenus, en valeur absolue, approximativement au même niveau
  3. Le scénario optimiste fait également l'hypothèse d'une amélioration sensible de la capacité d'absorption de l'administration publique, Il suppose entre autres des taux d'exécution du budget élevés.
  4. Par ailleurs, le scénario optimiste table sur une amélioration de la demande extérieure traduite par à une progression plus rapide des exportations.

236 Dans le scénario optimiste, la consommation finale progresse, en termes réels, à un rythme moyen voisin de celui observé sur la période pour le scénario de base : 3,9 % contre 3,7 %. Dans les deux cas, le taux croissance de la consommation finale est inférieur au taux de croissance du PIB. L'investissement se révèle plus dynamique aussi bien dans sa composante d'investissement public que dans sa composante privée : 21,0 % contre 17,9 % et 10,1 % contre 8,9 %, respectivement. Cette augmentation relative de l'investissement s'explique d'une part, grâce à une meilleure utilisation des ressources budgétaires et, d'autre part, en raison du comportement du secteur privé en réponse aux incitations fournies par une plus grande cohérence des politiques publiques. Les entreprises tirent profit également des meilleurs conditions crées par l'amélioration de la sécurité et par la réalisation des travaux d'infrastructure. Si au début de période, il est logique de penser que la croissance des investissements sera tirée surtout par les investissements publics, toutefois en fin de période les investissements privés devraient se montrer plus dynamiques. Finalement, malgré une vigoureuse relance des exportations, la demande extérieure continue de subir le poids des importations. Celles-ci progressent à un rythme deux fois plus élevé dans le scénario optimiste.

Table 236
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Facteurs de risque

237 Le cadrage macroéconomique du DSNCRP se base sur des hypothèses favorables quant à l'évolution de l'environnement international de l'économie haïtienne et par rapport également à la détermination des facteurs internes susceptibles d'influer négativement sur les résultats escomptés. Le scénario présenté ci-dessus est par conséquent délibérément optimiste. Il considère en effet que les risques encourus sur le plan macroéconomique sont dans l'ensemble contrôlables et que, de ce fait, les objectifs de croissance et de réduction de la pauvreté pourraient être atteints pour la période 2007-2011. Toutefois, pour pallier les difficultés qui pourraient surgir au cours de la mise en oeuvre des politiques macroéconomiques, il convient d'apprécier les différents risques de la stratégie et de prévoir de mesures d'atténuation de leurs effets indésirables. Ces risques découlent non seulement de l'éventualité de chocs de nature diverse pouvant affecter les équilibres macroéconomiques. Dans ce qui suit, nous présentons brièvement les principaux risques d'ordre politique, institutionnel, économique, et naturel qui pourraient affecter le cadre macroéconomique du DSNCRP et mettre en danger les objectifs visés.

238 L'instabilité politique peut, comme par le passé, avoir de multiples effets nocifs sur un grand nombre de variables économiques. Ainsi, peut-elle conduire au tarissement des flux de ressources extérieures et entraver par exemple l'exécution des dépenses du Programme d'Investissement Public, et par ce biais, influer négativement sur la croissance et la réduction de la pauvreté. Les risques liés aux carences institutionnelles et à la qualité de la gouvernance constituent une catégorie particulière de risques qui peuvent provenir, entre autres, de la mise en oeuvre inadéquate de mesures prévues dans le cadre du DSNCRP, de l'adoption de mesures complémentaires inappropriées, et de la faiblesse des capacités institutionnelles des administrations publiques.

239 L'examen du profil temporel de l'aide externe au cours des 2 dernières décennies met en évidence une forte instabilité dans la réaction des partenaires internationaux d'Haïti face aux multiples crises politiques qui ont jalonné cette période. Pour maîtriser les risques engendrés par la variabilité des montants octroyés, et pour pallier leur insuffisance potentielle, le Gouvernement compte établir la composante de financement du Cadre de Dépenses à Moyen Terme (CMDT) en étroite collaboration avec les bailleurs de fonds, de manière à assurer la solidité de leurs engagements à un horizon suffisamment long.

240 Petite économie ouverte de la région caribéenne, Haïti est particulièrement sensible aux évolutions de son environnement externe, et en particulier de l'évolution de la situation conjoncturelle de l'économie américaine. En particulier, le ralentissement probable de l'économie américaine, sous l'effet de la crise du marché de l'immobilier à risque, doit être examiné du point de vue de ses effets potentiels sur les objectifs fixés en début de période.

241 Faiblement diversifiées, les exportations haïtiennes sont aujourd'hui constituées à près de 90% d'une seule catégorie de produit : les produits textiles assemblés en Haïti, qui bénéficient des régimes préférentiels octroyés à Haïti par l'initiative du bassin des Caraïbes (CBI) et, plus récemment, par la " Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement Act " (HOPE). En absorbant 85 % environ des exportations haïtiennes, les États-Unis constituent le principal marché d'exportation d'Haïti. Cette prépondérance du marché américain, et l'extrême concentration sur une catégorie unique de produits comportent des risques inhérents qu'il convient d'apprécier.

242 Les développements récents du marché pétrolier suscitent des inquiétudes grandissantes. L'évolution défavorable des prix des cours du pétrole brut peut affecter sérieusement le degré de réalisation des objectifs de croissance. Une hausse de prix du pétrole se répercute immédiatement sur les différents paramètres d'activité des secteurs, via notamment l'augmentation des coûts de l'énergie et du transport. Il convient donc de tenir compte de la forte probabilité du maintien de prix élevés pour le pétrole. Outre le marché du pétrole, l'évolution de certains marchés comme celui du blé ou encore celui du riz revêt une importance cruciale pour la balance des paiements d'Haïti. Les produits alimentaires et les produits pétroliers représentent respectivement 30 % et 25 % environ des importations totales de biens.

243 Finalement, les risques d'ordre naturels constituent une catégorie de risques à ne pas négliger. Haïti est en effet très exposée aux catastrophes naturelles et son environnement physique s'est sérieusement dégradé au cours des dernières décennies.

 
 
 
 
 
 
 
 
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