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Chapitre 4 : Les Grands Défis à l'horizon 2015
56 La pauvreté endémique et massive de la population interpelle toutes les consciences haïtiennes à l'intérieur du pays comme dans sa grande diaspora. Cependant, la nécessité d'être efficace dans l'effort à déployer pour la faire reculer oblige à prendre en compte les quatre (4) grands défis qui suivent :i/ inscription d'Haïti dans une dynamique forte de rattrapage des OMD.
57 Les évaluations conduites sur les questions alimentaire, sanitaire, éducative et de genre montrent qu'en 2015 Haïti sera encore loin du compte en dépit de certaines dynamiques de progrès, ii/ développement d'une économie moderne, dynamique, à large base territoriale et compétitive. Les mutations qu'a connues Haïti au cours des dernières décennies ont ruiné son économie dans ses principales branches dans les villes et dans les zones rurales et ont entraîné une détérioration accélérée de tous les services, iii/ rénovation profonde du système de management public. Les bouleversements politiques, économiques et sociaux qu'a connus le pays au cours des dernières décennies ont mis à mal son système administratif dont la capacité à délivrer a été sérieusement réduite.
58 La Constitution de 1987 comporte un ensemble de dispositions pouvant déboucher sur une rénovation profonde de l'Administration Publique et déclencher un véritable processus de décentralisation, iv/ valorisation des compétences d'Haïti. Au fil du temps, le pays a fait preuve d'une grande créativité culturelle et s'est doté d'un capital culturel varié reconnu internationalement mais insuffisamment exploité.
59 Le relèvement de ces grands défis requiert une mobilisation sans précédent de ressources sur les plans humain, organisationnel et financier. Il s'agira de moduler les efforts à entreprendre en fonction du temps et des nombreuses contraintes auxquelles se heurte le développement d'Haïti. Des choix stratégiques doivent être faits sur la base de priorités essentielles en fonction des opportunités qui se présentent.
Première étape : L'établissement des bases du développement futur
60 Cette étape porte sur la période 2007/08 – 2009/10 couvrant les trois années de mise en oeuvre des engagements économiques et financiers vis-à-vis du FMI dans le cadre de la FRPC. Il s'agit d'une étape de croissance dite lente ou modeste (4 % en moyenne annuelle selon le Ministère de l'Economie et des Finances). L'effort portera principalement sur l'accélération du développement social.
61 Une campagne de promotion du DSNCRP sera menée dans une double perspective : i/diffuser une conception du développement en Haïti en tant que chemin d'espérance et de construction d'une nouvelle unité nationale ii/mettre en place un bloc hégémonique d'alliances autour de la stratégie de développement retenue.
62 Le principal mécanisme de cohérence de la stratégie globale adoptée est le système d'administration publique centrale, déconcentrée et décentralisée qui est confronté à une série de difficultés l'empêchant de fournir avec efficacité les résultats escomptés. C'est pourquoi, en vue de poursuivre et diversifier l'effort d'amélioration de la gouvernance entrepris récemment, priorité sera accordée au processus de renforcement des capacités de l'Administration Publique. La caractéristique de cette première phase implique le maintien du cadre macroéconomique actuel axé sur une gestion saine de l'économie avec des politiques budgétaires et monétaires prudentes pour résorber significativement les grands déséquilibres conjoncturels internes et externes. Par exemple, selon les prévisions du MEF l'inflation devrait continuer à baisser jusqu'à atteindre 7 % pour 2008/2009.
63 Afin de réduire la pauvreté monétaire et de promouvoir une croissance pro pauvre le gouvernement, tout en poursuivant ses actions dans les différents domaines d'intervention, retient pour cette période les priorités sectorielles économiques qui suivent : i/ modernisation de l'agriculture en rénovant les infrastructures rurales et en mettant à la disposition des agriculteurs un ensemble de services par le biais de la formation, de la recherche, de la vulgarisation de paquets technologiques, de la fourniture de crédit, d'intrants, d'équipement et d'outillage, ii/ relance de la production alimentaire afin de mieux assurer la sécurité alimentaire de la population, iii/ renforcement de l'effort de modernisation des infrastructures de transport, iv/ amélioration de la fourniture d'énergie électrique et le développement des services de télécommunication, v/ promotion d'une plus grande équité sociale à travers l'éducation et la santé qui constituera l'axe principal de réduction de la pauvreté et des inégalités pendant cette période.
64 La stratégie d'éducation mettra l'accent sur : i/ la réorganisation de l'offre scolaire en faveur des enfants pauvres, ii/ la requalification des enseignants et des directeurs d'école, iii/ un encadrement plus adéquat des écoles, des élèves et des parents, iv/ l'amélioration de la coordination des opérateurs du secteur ainsi que la régulation du système.
65 La stratégie sanitaire entend donner la priorité i/ au renforcement des unités communales de santé (UCS), ii/ à la prise en charge des maladies endémiques, iii/ au renforcement de la gouvernance du secteur, iv/ au développement des ressources humaines et à la mise en oeuvre d'une politique de gestion en milieu hospitalier.
Deuxième étape : La consolidation des acquis et l'exploitation systématique des principales opportunités identifiées
66 Cette étape démarrera au début de l'année fiscale 2009-2010. Elle a pour caractéristique fondamentale la recherche d'une croissance accélérée et d'une plus grande maîtrise du développement social. Elle vise par conséquent une réduction à la fois de la pauvreté monétaire et de la pauvreté humaine. Avec le déblocage de plusieurs contraintes du fait des progrès réalisés au cours de la première étape, on peut envisager un scénario plus optimiste de croissance : soit une croissance forte tendancielle de 7,5% jusqu'à 2015 (c'est-à-dire une fois et demi le taux de croissance moyen des années 1970) et une fécondité décroissante allant jusqu'à 2 ou 3 enfants par famille au lieu de la famille nombreuse dominante actuellement.
67 Le cadre macroéconomique sera réorienté pour le rendre plus incitatif dans les secteurs économiques dont les potentialités pourront être plus facilement exploitées comme : les branches à fort potentiel du secteur agricole, l'agro-industrie, le tourisme et les filières textiles de l'industrie manufacturière qui bénéficieront d'une priorité. Dans cette optique, la Banque Centrale ne devrait plus se concentrer uniquement sur la réduction de l'inflation. Elle devrait au cours de cette deuxième étape de la stratégie de développement économique et social cibler également la croissance et la création d'emploi.
68 Dans le but de favoriser une amélioration rapide du niveau de productivité, facteur important de compétitivité dans ce monde de globalisation, des politiques sectorielles spécifiques et transversales viseront à développer des services appropriés tout en contribuant à la mise en place d'un environnement d'affaires complètement rénové. L'effort antérieur de rénovation des infrastructures de base se poursuivra avec notamment les services d'eau potable et d'assainissement. De même, l'Etat poursuivra son effort de modernisation des systèmes éducatif et sanitaire, avec l'objectif prioritaire de fournir des services plus accessibles et de meilleure qualité à l'ensemble de la population, tout particulièrement aux groupes vulnérables.
69 Compte tenu de la difficulté de dégager des ressources importantes d'épargne et d'investissement dans un horizon temporel limité alors que les pressions sont importantes (par exemple la pression pour créer massivement de l'emploi tandis que la concurrence dominicaine se fait de plus en plus forte ), une des stratégies pour créer les marchés qui seront à la base de la Nouvelle Economie haïtienne consistera à développer plusieurs pôles de croissance autour de groupes d'activités déterminés spécifiques à chacune des zones retenues. Ces pôles pourraient constituer un instrument puissant d'accélération de la croissance en Haïti.
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