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Chapitre 3 : La dynamique de la pauvreté et des inégalités entre 1986 et 2006
La dynamique de croissance, pauvreté et inégalités
48 La pauvreté a connu une légère réduction couplée à une augmentation des inégalités entre 1987 et 2000. Le recul de l'incidence de la pauvreté passant de 55.5 % à 50.56 % s'est accompagné d'une baisse moins importante en termes de sévérité et de profondeur de la pauvreté. L'importance des inégalités est devenue cruciale pour la réduction de la pauvreté en 2000 comparée à 1987, en raison principalement de la montée des inégalités. L'accroissement des inégalités entre 1987 et 2000 a eu comme conséquence de diminuer l'effet positif de la hausse de la consommation moyenne. Alors que l'accroissement de la consommation moyenne aurait induit une baisse de 12.79% de l'incidence de la pauvreté, les inégalités ayant augmenté de 6.7 %, l'effet final sur l'incidence n'a été que de 4.96 %, si l'on intègre un effet négatif induit par des facteurs résiduels non identifiés.
49 Il est un fait que promouvoir la croissance est un moyen sûr de réduire la pauvreté mais agir sur la redistribution est doublement plus efficace qu'une simple politique de croissance si on veut améliorer le sort des plus défavorisés. Une stratégie soutenable de réduction de la pauvreté doit donc miser à la fois sur la croissance et sur des politiques volontaristes d'équité.
Les facteurs déterminants de la pauvreté en Haïti
50 La pauvreté, les inégalités monétaires et de condition de vie sont fortement associées aux inégalités d'opportunités en termes d'accès aux ressources et aux facteurs tels que crédit, infrastructures, capital social et éducation. Le système de valeurs, la faiblesse des services sociaux de base, les mauvaises conditions de logement, la pauvreté elle-même à travers les trappes de pauvreté, le manque de capacité à participer aux décisions publiques et à les orienter, le manque de réseaux sociaux pour les plus pauvres sont autant de facteurs alimentant la pauvreté et les inégalités. Elles résultent également des politiques publiques qui ont des effets de redistribution et orientent la valorisation et l'allocation des ressources. Fondamentalement, la pauvreté en Haïti découle d'un processus historique de construction du pouvoir politique et de l'organisation économique centré sur les intérêts d'une minorité.
Distribution de revenus et distribution des actifs
51 La pauvreté est fondamentalement liée à la non disponibilité ou à la sous-utilisation d'actifs, notamment l'éducation, le travail, le capital physique, le crédit, le capital social, les services de base. Le bénéfice marginal de l'éducation est cependant plus important en milieu urbain, davantage dans les villes secondaires que dans l'aire Métropolitaine, ce qui renvoie à des différences dans les conditions et opportunités de mettre en valeur les capacités, notamment les infrastructures socioéconomiques disponibles, les marchés, l'accès au crédit. La distribution des revenus est souvent associée à celle des actifs.
52 L'analyse de la situation par rapport aux principaux facteurs : travail, éducation, capital, infrastructures socio-économiques (électricité, voies de communication, eau courante) confirme l'idée que les causes de la pauvreté et des inégalités résident fondamentalement dans le manque de disponibilité, l'inégale distribution des actifs et les contraintes à leur mise en valeur.
Mutations structurelles et pauvreté
53 L'évolution de la pauvreté est liée aux mutations structurelles qui ont accompagné la dynamique de croissance/déclin et de restructuration de l'économie Haïtienne. La faiblesse des politiques, leurs insuffisances sont également en cause. Les réformes structurelles entreprises depuis le début des années 80, n'ont pas suffisamment pris la mesure de leurs effets sur la répartition et les contraintes structurelles de l'économie. Les politiques de libéralisation et les dérégulations mises en oeuvre ont été peu suivies d'initiatives en matière de renforcement de l'offre.
Démographie et pauvreté
54 La dynamique démographique est caractérisée par : 1) une croissance accélérée, la croissance démographique moyenne annuelle est passée de 1.4 entre les recensements de 1971-82 à 2.5 % sur la période 1982-2003 ; 2) une urbanisation rapide, au rythme de 4,9 % par an, avec 40% de la population actuelle vivant dans les villes contre 25% en 1982 ; 3) une population jeune. Seulement 7.4 % de la population est âgée de plus de 60 ans alors qu'une proportion de 20 % dans cette tranche est le critère retenu pour caractériser une population vieillissante. Les moins de 15 ans comptent pour 36.5 % tandis que 58.4 % de la population ont entre 15 ans et 64 ans. Une telle structure devrait représenter un potentiel pour la croissance future de l'économie mais, dans le contexte actuel, elle constitue un facteur explosif car elle stimule la croissance démographique dans les couches les plus pauvres, ce qui enferme la liaison croissance de la population et accélération de la pauvreté dans une situation de trappe liant la croissance démographique avec celle de la pauvreté en une situation de trappe.
55 Au rythme actuel, la population devrait doubler dans 30 ans environ. Les résultats préliminaires de l'EMMUS IV, font état d'une baisse du nombre moyen d'enfants par femme mais celui-ci reste encore élevé. L'indice synthétique de fécondité serait de 4 enfants par femme. La baisse est trop lente pour contenir une croissance démographique rapide. Par ailleurs la fécondité des femmes est élevée parmi les jeunes de 15-19 ans, soit un taux de fécondité de 69 %0 qui atteint un maximum (180 pour_mille) dans la tranche 30-34 ans. Le taux de natalité relativement de 28 naissances vivantes pour 1000 habitants, est plus élevé en milieu rural (30 pour_mille) et dans les couches à revenus faibles. Avancer vers la transition démographique est donc un défi majeur qui passe par l'impulsion d'un développement social ouvrant des opportunités aux plus défavorisés et aux jeunes.
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