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DSNCRP
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Chapitre 2 : Les caractéristiques et déterminants de la pauvreté en Haïti

Groupes pauvres et groupes vulnérables

30 Il ressort du profil de la pauvreté que le milieu rural (63% de la population) contribue davantage à la pauvreté extrême. Pour 100 personnes affirmant ne pas pouvoir satisfaire leurs besoins alimentaires dans le pays, 77 se retrouvent en milieu rural, 9 dans l'aire métropolitaine et 14 dans les autres villes. Les travailleurs indépendants, particulièrement les travailleurs agricoles, contribuent plus fortement à l'extrême pauvreté, situation qui reflète la faiblesse des opportunités en milieu rural, le bas niveau de productivité dans l'agriculture dû à la faible taille des exploitations, au manque d'accès au crédit et aux intrants, à un outillage rudimentaire, à l'enclavement et au manque d'infrastructures.

31 La situation des enfants de rues, des orphelins (particulièrement ceux affectés par le VIH/SIDA) et des jeunes délinquants est préoccupante. En l'absence d'aide, ils sont dans une situation de grande fragilité. Ils participent à la transmission intergénérationnelle de la pauvreté et à l'aggravation de la délinquance urbaine. Ces enfants en situation difficile sont plus fréquemment d'origine rurale, généralement orphelins de mère ou habitant seulement avec la mère.

32 La population de plus de 65 ans représente 5,1 % des habitants. Elle constitue une catégorie très vulnérable. Le chômage massif et l'absence d'un système de sécurité sociale expliquent que beaucoup de ces personnes âgées se retrouvent dans des situations très précaires. Les ménages urbains ayant une femme comme apporteur principal de ressources constituent une catégorie fragile. Selon l'ECVH, 61% des ménages dans l'Aire Métropolitaine ayant une femme comme apporteur principal sont dans la pauvreté extrême. C'est le cas pour 59% des ménages dans les villes de province.

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Pauvreté et inégalités par zones de résidence

33 L'incidence de la pauvreté et de l'extrême pauvreté est nettement plus importante en milieu rural. Pour la pauvreté extrême elle est presque trois fois plus élevée que dans l'aire métropolitaine. La grande majorité des pauvres du pays (74%) vit en milieu rural où l'agriculture est la principale activité et les services de base quasi inexistants. Les activités agricoles emploient 69% des actifs ruraux occupés dont 25% interviennent dans le tertiaire (commerce, services). Dans les villes, les actifs sont principalement occupés dans le commerce et les services.

34 Selon une étude du PAM[v. Note No. 2], la distance moyenne des zones par rapport aux routes principales est positivement corrélée avec le niveau d'insécurité alimentaire. Les villes, en dehors de l'Aire Métropolitaine, présentent également des taux de pauvreté élevés, même si leur contribution à la pauvreté est nettement plus faible qu'en milieu rural : 14% contre 77%.

Note No. 2 : Programme Alimentaire Mondial, Rapport d'évaluation de la vulnérabilité et de l'insécurité alimentaire, sept-oct 2004.

Genre, pauvreté et inégalités

35 L'incidence de la pauvreté extrême dans les ménages ayant une femme comme principal apporteur (58%) est sensiblement plus élevée que dans ceux ayant un homme (53%) selon les données de l'ECVH. L'incidence de la pauvreté extrême est de 26% parmi les ménages ayant une femme comme principal apporteur dans l'Aire Métropolitaine contre 17% lorsque c'est un homme. Dans le reste du milieu urbain, elle est de 64% chez les femmes contre 48 % chez les hommes.

36 Dans l'enquête Budget consommation des ménages de 2000, près de 48% des inégalités de consommation sont expliquées par le sexe du chef de ménage. La consommation moyenne est ainsi plus faible pour les ménages dont le principal apporteur est une femme et les inégalités dans leur dimension sociale et de capacité paraissent plus favorables aux hommes qu'aux femmes. Les femmes sont majoritaires dans les professions peu qualifiées. Elles ne représentent que 43.9% des professions intellectuelles et scientifiques, 36.5% des professions intermédiaires et 32.3% des employés de type administratif. Le niveau de scolarisation des femmes est généralement inférieur à celui des hommes, ce qui explique en partie leur insertion moins avantageuse dans le marché de l'emploi.

37 Près de 40% de la population de 10 ans et plus ne sait ni lire ni écrire (IHSI 2003). C'est le cas pour 42% des femmes contre 36% des hommes. Si les différences entre les sexes se sont amenuisées au niveau primaire, elles sont encore marquées pour les niveaux plus élevés d'éducation. Actuellement, les garçons passent plus de temps à l'école durant les deux premiers cycles scolaires que les filles. L'espérance de vie scolaire des filles est de 2 ans et 8 mois contre une moyenne générale de 3 ans et 9 mois.

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Education et pauvreté

38 Le système éducatif en Haïti est fortement marqué par l'exclusion. Il contribue à perpétuer et à renforcer les inégalités à travers une offre scolaire limitée, surtout en milieu rural ; une différenciation de l'offre scolaire impliquant que les plus pauvres n'ont généralement accès qu'à une éducation de faible qualité ; un coût de l'éducation relativement élevé par rapport au revenu des familles qui supportent l'essentiel de leurs dépenses d'éducation. Seulement 21,5 % de la population de 5 ans et plus auraient atteint le niveau secondaire et à peine 1.1% le niveau universitaire dont 1.4 % pour les hommes contre 0.7 % pour les femmes.

39 Actuellement, presque 1/3 des enfants entre 6 et 12 ans (500,000 enfants) ne fréquentent pas l'école, cette proportion passe à 40% quand on considère la tranche des 5-15 ans, soit environ 1 million d'enfants. Le taux de déperdition est particulièrement élevé au niveau du 1er cycle fondamental (29%) et près de 60% des enfants abandonnent l'école avant le certificat d'études primaire. Sur les 2 millions d'enfants fréquentant le niveau fondamental, 56% seulement ont l'âge requis dans le premier cycle (6-11 ans).

40 La plupart des écoles ne disposent pas de locaux adéquats et sont sous-équipées. Selon le recensement scolaire de 2003, 5% des écoles sont abritées dans une église ou sous une tonnelle. 58 % ne disposent pas de toilettes et 23 % ne sont pas approvisionnées en eau. Cette situation est fortement préjudiciable aux filles. De plus, seulement 36 % des écoles disposent d'une bibliothèque. La grande majorité des travailleurs (80%) ne répondent pas aux critères existants de sélection des programmes de formation ou ne sont pas acceptés en raison du manque de places dans les écoles professionnelles. A peine 6 sur 1000 travailleurs sur le marché du travail possèdent un diplôme ou un certificat dans un domaine technique ou professionnel

Emploi et pauvreté

41 Le taux de chômage ouvert estimé à environ 30% pour l'ensemble du pays est plus important en milieu urbain et atteint 62% chez les jeunes entre 15-19 ans. La structure démographique caractérisée par une population jeune (56.4% ayant au plus 18 ans fait du chômage un problème social majeur dans le pays.

42 Les femmes ont un accès moindre à l'emploi quel que soit leur âge. Il en résulte qu'une plus grande proportion de femmes travaillent à leur propre compte (83 % contre 73 % pour les hommes), principalement dans le commerce.

43 L'emploi dans le secteur agricole constitue 51 % du total alors que ce secteur ne contribue que pour environ 25 % au produit intérieur brut. De plus, le quart du revenu des ménages provient de transferts qui, en général, ne sont pas réguliers; 37 % proviennent du travail indépendant qui est composé d'activités variées et pour la plupart de faible taille et à revenus aléatoires. Selon les données de l'ECVH 24 % des ménages n'ont aucun actif occupé.

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Accès aux services de base

44 Le pays présente un déficit important en services sociaux de base : éducation, eau, santé, assainissement. A peine deux (2) communes sur 133 en 2002 bénéficient d'un niveau d'accès moins faible

45 Plusieurs indicateurs de santé reflètent l'acuité du problème d'accès aux soins. Seulement 24 % des accouchements sont assistés par du personnel médical qualifié, ce qui explique en grande partie l'importance du taux de mortalité maternelle. La mortalité infantile a sensiblement baissé mais demeure élevée. Le risque de mourir avant l'age de 5 ans est de 86 ‰ Les infections respiratoires aigues (grippe, pneumonie), la malnutrition ainsi que la diarrhée et la gastroentérite infectieuses sont parmi les premières causes de décès des enfants.

46 En dépit de la mise en place d'un programme élargi de vaccination, seulement 41 % des enfants ayant entre 12 et 23 mois ont été complètement vaccinés (contre 34 % en 2000) et 11 % n'ont reçu aucun vaccin. Cette couverture varie avec le milieu. Elle plus forte dans les villes secondaires (48 %) que dans l'Aire métropolitaine (41 %) et dans le milieu rural (40 %). Dans le groupe des 5-14 ans, les taux de mortalité et de morbidité ont baissé, mais les maladies infectueuses, la typhoïde, la tuberculose, le paludisme sont les plus importantes avec les infections respiratoires. Pour les jeunes, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées sont des préoccupations majeures. La prévalence du VIH/SIDA est nettement plus importante en milieu urbain qu'en milieu rural. La pauvreté augmente les risques d'infection parce que les personnes pauvres, en particulier les femmes, sont plus vulnérables.

47 Les problèmes de santé sont aggravés par une couverture limitée des besoins en eau potable de la population, bien qu'en voie d'amélioration. Les taux de couverture sont estimés à 54 % à Port-au-Prince, 46 % dans les villes secondaires, 46 % en milieu rural. Les systèmes d'eau potable du milieu rural mis en place dans les années 80 se dégradent faute d'entretien.

Table 47 
 
 
 
 
 
 
 
 
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