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Chapitre 1 : Etendue de la Pauvreté et des Inégalités
22 Il s'observe en Haïti une pauvreté massive entretenue par des inégalités importantes. Toutes les mesures de la pauvreté corroborent cette situation, que l'on se réfère à l'approche monétaire, à celle de la pauvreté humaine ou encore à l'approche subjective.
Revenus, pauvreté et inégalités
23 Les indicateurs d'analyse de la pauvreté monétaire disponibles ont été calculés sur la base de trois enquêtes : celles relatives aux deux enquêtes budget consommation des ménages (EBCM) de 1986-87 et de 1999-00, et celle sur les conditions de vie des haïtiens (ECVH) réalisée en 2001. Actuellement, le pays compte plus de 9.6 millions d'habitants dont environ 5 millions vivent en milieu rural (4.96 millions, IHSI 2003). Selon les résultats de l'ECVH, en 2001, 56% de la population haïtienne, soit 4,4 millions d'habitants sur un total de 8.1 millions vivaient en dessous de la ligne de pauvreté extrême de 1$ US PPA par personne et par jour. Sur 10 personnes, environ 7,6 étaient considérées pauvres, ne disposant pas 2 US $ PPA par personne et par jour. Les 40% de la population les plus pauvres n'ont accès qu'à seulement 5.9% du revenu total traduisant une forte concentration de la population dans les couches à faibles revenus, tandis que les 20% les plus nantis captent 68%. Ainsi 80% de la population ne disposent que de 32% des revenus. On est donc en présence d'une classe moyenne très étriquée d'autant que les 2% les plus riches seraient en possession de 26% du revenu total.
24 La nette détérioration du produit intérieur brut durant les vingt dernières années explique que l'emploi salarié n'a pas beaucoup évolué. Cette situation est compensée par le travail indépendant qui est à la base de 43% des revenus en milieu rural. La structure des revenus parait plus diversifiée dans l'aire métropolitaine, avec environ 30% pour chacun des principaux types de revenus, à savoir le travail indépendant, le travail salarié et les transferts. Bien que les transferts ne comptent que pour 19% du revenu total, leur contribution à l'inégalité des revenus par rapport aux autres sources de revenus est de plus de 50%.
25 De la structure des dépenses des ménages il ressort, comme dans toute économie pauvre, qu'une part nettement plus importante est consacrée aux dépenses alimentaires parmi les pauvres. Elle est en effet de 53.4 % pour le premier quintile et seulement de 9.8 % pour le dernier quintile. Il en est de même pour les dépenses d'éducation qui représentent 3.1 % pour ce groupe contre 1.2% pour le dernier quintile. Le poids des biens alimentaires est aussi nettement plus élevé en milieu rural soit 55.6 % contre 32.8 % dans l'aire métropolitaine et 41% dans les autres villes. Généralement les dépenses de santé, d'éducation et loisirs sont faibles avec respectivement 3.3% et 3.2% de la consommation effective des ménages pour l'ensemble du pays, mais le poids des dépenses d'éducation et loisirs est plus faible en milieu rural (2.7% contre 3.7% ailleurs).
26 Les inégalités de revenu ou de consommation entre les régions (aire métropolitaine, autre urbain et rural) contribuent pour 17% aux inégalités totales alors que les inégalités à l'intérieur de ces différents espaces y contribuent pour 83%. Les inégalités entre les catégories socioprofessionnelles expliquent 6.38% des inégalités totales. Celles relatives à l'âge et au genre ont une contribution nettement faible, soit de 1% en ce qui a trait à l'âge.
La pauvreté humaine et les inégalités
27 Les indicateurs qui composent l'indice de pauvreté humaine pour Haïti sont alarmants. L'espérance de vie à la naissance est estimée à 58,1% (2000-2005). La mortalité maternelle est passée de 457 à 630 pour 100.000 naissances vivantes entre 1990 et 2005. Le taux d'analphabétisme de 39% en 2003 est encore élevé même si des progrès sont constatés entre les générations. Seulement 49% des enfants en âge de fréquenter l'école sont scolarisés. Ces niveaux d'instruction faibles se traduisent par des capacités limitées. En 2001/2002, seulement 45% de la population âgée de 6 à 24 ans fréquentaient un établissement scolaire ou universitaire. La satisfaction des besoins alimentaires est faible dans le pays. Plus de la moitié de la population n'arrive pas à se procurer la ration alimentaire minimale de 225 kg de calorie par an et par individu, tel qu'établie par la FAO. Un rapport du PAM sur la sécurité alimentaire et la vulnérabilité[v. Note No. 1] a révélé que les ménages victimes de l'insécurité alimentaire n'ont pas un revenu suffisant et ont un moindre accès aux services essentiels de base : eau potable, installations sanitaires, particulièrement dans les zones rurales et les bidonvilles ; à peine 25% ont accès à l'eau potable, très peu ont accès à des installations sanitaires adéquates. Globalement ces ménages se caractérisent par un faible accès aux soins de santé et aux marchés ainsi que par de bas niveaux d'éducation et de scolarisation. L'accès aux services sociaux de base demeure très limité : plus de 77% des 133 communes (2002) ont un déficit en services de base.
Note No. 1 : Cette enquête a été conduite dans quatre départements:
l'Ouest, le Nord, le Nord-est et le Plateau Central.
La perception de la pauvreté par les ménages
28 Les ménages estiment avoir une satisfaction très limitée de leurs besoins de base, surtout en milieu rural. Le problème se pose avec plus d'acuité pour l'alimentation et la santé. En milieu rural, seulement 13.1 % estiment pouvoir satisfaire leurs besoins alimentaires et 9 % pouvoir faire face à leurs problèmes de santé contre 33 % et 28 % dans l'aire métropolitaine (La parole des Haïtiens, Haïti, p.54). Dans l'ensemble du pays 4 ménages sur 5 déclarent ne pas satisfaire adéquatement leurs besoins alimentaires. Ces derniers ont affirmé qu'une réduction de la ration alimentaire constitue leur première stratégie dans de telles situations. Environ 32 % des ménages assurent qu'ils utiliseraient un éventuel revenu supplémentaire pour améliorer leur situation alimentaire, 24 % pour l'écolage des enfants et 23% pour le logement. A peine 9,6 % des chefs de ménages indépendants agricoles disent satisfaire leurs besoins alimentaires. Les données montrent que pauvreté et vulnérabilité sont importantes tant en milieu rural qu'urbain.
29 Plus de 70% des chefs de ménage pensent que la pauvreté a augmenté, particulièrement au cours des dernières années. La création d'emplois, le contrôle de l'inflation, et l'accès à la terre sont les premières mesures préconisées par les ménages contre la pauvreté. Ils semblent donc appréhender le problème essentiellement en termes de pouvoir d'achat et d'accès aux moyens de production.
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